L’INDEPENDANT: FERVOR INDEPENDENTISTA PEL PRESIDENT A L’EXILI

Puigdemont à Perpignan : ferveur indépendantiste pour le “président en exil”
Ce samedi 29 février 2020, le meeting de Carles Puigdemont a réuni plus de 100 000 personnes au parc des expositions de Perpignan. Des participants venus des deux côtés de la frontière (Catalans du Sud, Catalans du Nord, Occitans…) livrent leurs témoignages et leur ressenti sur cet événement inédit mêlant politique, festivités et solidarité. Rencontres au cœur de la foule.

Certains signes ne trompent pas. Des militants indépendantistes drapés d’estelades aux quatre coins de la ville. Des colonnes de marcheurs aux couleurs catalanes qui convergent vers le parc des expositions. Des centaines de motos garées le long de la Têt, en contrebas du quatrième pont. Ce samedi, dès le milieu de la matinée, de nombreux indices laissaient penser que le meeting perpignanais de l’ancien président catalan Carles Puigdemont allait tenir ses promesses. Et il les a bien tenues. Entre 150 000 et 200 000 personnes selon les organisateurs, 100 000 (au moment du discours de Puigdemont) selon la préfecture : l’événement a bel et bien déplacé les foules. “Et encore : plus d’une centaine de bus n’ont pas pu arriver à Perpignan, car ils sont restés bloqués en chemin”, rappelle Joan-Lluís Lluís, le porte-parole local du Consell per la República, à l’initiative du rassemblement.


Catalans, Occitans, même combat !

Sur le parking du parc des expositions, l’ambiance est bon enfant. Jeunes, familles, retraités aguerris parfois munis de chaises pliables : toutes les générations sont représentées. En attendant le début des discours, reporté à 13 heures en raison du retard des bus en provenance de Catalogne Sud, des DJs mettent l’ambiance. Pop, folk, rumba catalane… : là aussi, l’éclectisme est de rigueur. Idem pour les drapeaux. Même si les estelades indépendantistes restent largement majoritaires, les bannières noires héritées de la résistance barcelonaise lors du siège de la ville en 1714 gagnent du terrain. Les couleurs basques, bretonnes, occitanes et corses sont également de la partie.

“La lutte des Catalans est la même que celle des Occitans sauf que nous, on ne parle pas d’indépendance, mais d’autonomie, explique Jean, un occitaniste de 61 ans, venu de Lavaur (Tarn) spécialement pour l’occasion. Il faudra bien qu’on sorte du jacobinisme, qui bloque les initiatives économiques, culturelles et politiques !”

Puigdemont est notre président légitime

Du côté des participants sud-catalans, qui constituent de loin l’essentiel des troupes, la ferveur “puigdemontiste” est la plupart du temps palpable. “Aujourd’hui, nous célébrons le fait qu’en tant qu’eurodéputé, Carles Puigdemont, que nous considérons comme notre président légitime, puisse venir à Perpignan”, sourit Octavi, 24 ans, de Barcelone, déjà en place au cœur du parc des expositions une heure avant le début des discours. “Nous sommes là pour réaffirmer notre soutien à notre président”, renchérit son amie Rut, 23 ans, d’Esterri d’Àneu, dans la province de Lleida.

Jordi, 65 ans, un natif de Barcelone résidant en Andorre, place lui aussi ses espoirs en Puigdemont : “C’est un homme qui lutte, qui motive les gens, qui s’implique beaucoup pour l’indépendance. Pour moi, qui ai plus de 60 ans, venir ici est un petit sacrifice. Il y a quatre heures de route et beaucoup de monde. Mais c’était important d’y être. Il faut que Puigdemont se sente soutenu. Je veux qu’il sache qu’il n’est pas seul. Il faut qu’il poursuive sur sa ligne. Cela fait longtemps que certains réclament l’indépendance. Jusqu’ici, jamais je n’aurais cru qu’on y arriverait de mon vivant.”

L’indépendance ? Juste une question de temps…

Au final, le meeting à proprement parler a débuté sur les coups de 13 heures. Cependant, Carles Puigdemont n’a pris la parole qu’après 14 h 30. Auparavant, en plus des discours de ses anciens ministres Clara Ponsatí et Toni Comín, qui bénéficient eux aussi de l’immunité diplomatique européenne, les spectateurs ont vu défiler sur scène les chanteurs catalans Roger Mas, Gérard Jacquet et Lluís Llach. Ainsi que des témoignages de prisonniers politiques mis en images et projetés sur grand écran. Un show à la sud-catalane qui a, sans surprise, ravi un public conquis d’avance.

“Les discours étaient très bons, juge ainsi Casimir, 69 ans, de Barcelone. Ils ont dit la vérité. Le gouvernement espagnol ignore le peuple. Mais à mon avis, nous aurons l’indépendance. C’est sûr. C’est juste une question de temps.”

“Ce qu’ont dit Puigdemont et Ponsati est vrai, atteste Jordi, 50 ans, de Sabadell, en finissant son sandwich à la sortie du parc. Le dialogue initié ce mercredi entre la Generalitat et le gouvernement espagnol ne servira à rien. Il faut faire des actions comme celle d’aujourd’hui, des actions revendicatives, mais sans jamais tomber dans la violence.”

À quelques pas de là, Pilar, 54 ans, de Cardedeu, un village situé non loin de Barcelone, plaide comme beaucoup en faveur d’un nouveau référendum d’autodétermination : “Le peuple catalan veut pouvoir décider dans les urnes. Après, il en sortira peut-être l’indépendance ou peut-être pas… Mais on veut voter !”

De leur côté, les quelques Catalans du Nord présents ont également apprécié l’événement, même s’ils ont failli perdre patience. “C’était bien organisé, même si c’était un peu long avant que Puigdemont arrive, estiment Alexandre, 33 ans, d’Ortaffa, et Lionel, 25 ans, de Perpignan. On est venus au meeting pour soutenir les Catalans du Sud, surtout par rapport aux prisonniers politiques. Ce qui leur arrive est injuste. Et puis, c’est certainement la première et la dernière fois qu’un tel événement se déroule à Perpignan. C’est historique.”

L’hommage à la Catalogne Nord

Lors de leurs prises de parole, les différents intervenants n’ont pas manqué de rendre hommage à la solidarité nord-catalane, qui a permis la tenue du meeting. Les deux maîtresses de cérémonie de l’événement, les actrices Carme Sarda et Lloll Bertran, n’ont notamment pas été avares d’éloges à ce sujet.

“Le référendum du 1er octobre n’aurait pas pu être possible sans le réseau nord-catalan, qui a également été décisif dans les premiers jours de l’exil, a assuré Lloll Bertran. Sans la Catalogne Nord, nous ne serions pas arrivés où nous sommes aujourd’hui.”

Le porte-parole local du Consell per la República, Joan-Lluís Lluís, s’est pour sa part voulu modeste : “Nous avons voulu très humblement nous placer dans la continuité de ceux qui ont fait preuve de solidarité, il y a deux ans, en cachant les urnes et les bulletins de vote pour le référendum du 1er-Octobre. Ce que nous faisons pour vous, nous le faisons pour nous, car nous ne faisons pas de différence entre vous et nous. Nous sommes le peuple catalan, qui n’est ni pire ni meilleur que les autres peuples du monde, mais qui a le droit, comme tous les peuples du monde, de choisir son destin.” Et le Perpignanais de terminer avec un trait d’humour qui a su faire mouche auprès du public : “Nous autres, Catalans du Nord, démontrons tous les jours qu’il est possible d’être Catalans sans être Espagnols !”
Informa:LINDEPENDANT.FR (1-3-2020)

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